À l’approche de l’élection présidentielle de 2027, Solution Démocratique poursuit ses échanges avec les différents candidats et mouvements qui souhaitent transformer les institutions françaises. Dans ce cadre, nous avons reçu Selma Labib, candidate du NPA révolutionnaire, accompagnée de Gaël Quirante, militant syndical. L’entretien a permis d’aborder leur projet de société, leur conception du pouvoir et, surtout, leur position sur la démocratie directe.
Selma Labib : une candidate du NPA révolutionnaire issue du monde du travail
Selma Labib se présente comme une travailleuse et conductrice de bus. Elle explique vouloir porter dans la campagne présidentielle la voix des travailleurs et des travailleuses, qu’elle considère comme insuffisamment représentés dans le débat politique et médiatique.
Elle revient notamment sur une grève menée quelques jours avant l’entretien contre son employeur, Keolis, en soulignant que les salariés sont davantage entendus lorsqu’ils se mobilisent collectivement.
Son discours s’inscrit dans une perspective communiste révolutionnaire et internationaliste. Le NPA révolutionnaire entend mettre fin au système capitaliste et construire une société sans classes, dans laquelle ceux qui font fonctionner la société participeraient directement aux décisions.
Gaël Quirante, de son côté, est postier et militant syndical. Il revient notamment sur son licenciement de La Poste et sur son engagement dans les luttes sociales.
Pour les deux candidats, le point de départ est donc clairement une analyse en termes de rapports de classe : une majorité de travailleurs produit les richesses, tandis qu’une minorité détient une grande partie du pouvoir économique.
Une société communiste fondée sur le pouvoir des travailleurs
Interrogée sur la société qu’elle souhaite construire, Selma Labib décrit une société sans classes, avec davantage d’égalité et une organisation du travail débarrassée de la logique du profit.
Elle prend plusieurs exemples concrets : réduction du temps de travail, partage du travail, réquisition des logements vides, rénovation thermique ou encore utilisation des nouvelles technologies et de l’intelligence artificielle pour supprimer les tâches les plus pénibles.
L’idée centrale est que les capacités techniques et productives existent déjà, mais qu’elles sont aujourd’hui utilisées selon une logique de profit plutôt que pour répondre aux besoins collectifs.
Le NPA révolutionnaire défend ainsi une transformation profonde de l’organisation économique et sociale. Cette transformation ne serait pas simplement une réforme du système existant : elle supposerait de mettre fin au capitalisme et de construire une société sans classes.
Gaël Quirante insiste sur un point : pour lui, le pouvoir est à la fois politique et économique. Donner uniquement le pouvoir politique aux travailleurs sans transformer les rapports économiques serait insuffisant.
Pourquoi participer à une élection présidentielle si l’objectif est révolutionnaire ?
La candidature de Selma Labib peut sembler paradoxale : pourquoi participer à une élection présidentielle si l’on considère que les élections ne permettront pas, à elles seules, de changer de système ?
La réponse donnée pendant l’entretien est claire : le NPA révolutionnaire ne considère pas cette candidature comme une simple candidature de témoignage.
Selma Labib explique que le nombre de voix obtenu par une candidature révolutionnaire constitue, selon elle, un indicateur important du nombre de personnes qui refusent le système existant et ne souhaitent pas se rallier au « vote utile ».
Mais elle affirme simultanément que le système capitaliste ne pourra pas être transformé par les seules élections.
La campagne présidentielle doit donc servir de tribune pour défendre une autre perspective politique, mais aussi pour encourager les mobilisations sociales.
Le NPA révolutionnaire considère notamment que les grèves et les mobilisations collectives sont indispensables pour obtenir des avancées concrètes.
Pour le NPA révolutionnaire, la démocratie directe passe d’abord par les luttes collectives
C’est sur la question de la démocratie directe que l’entretien devient particulièrement intéressant pour Solution Démocratique.
Lorsque nous présentons notre conception d’une démocratie dans laquelle les citoyens pourraient devenir les véritables détenteurs du pouvoir, Selma Labib et Gaël Quirante ne rejettent pas le principe de la démocratie directe.
Au contraire, ils affirment à plusieurs reprises être favorables à une forme de démocratie directe.
Mais ils donnent à cette expression un contenu différent.
Pour le NPA révolutionnaire, la démocratie directe doit principalement s’exercer à travers les assemblées générales, les comités de grève et l’organisation collective des travailleurs.
Les travailleurs doivent pouvoir décider collectivement de leurs revendications, organiser les luttes et, à terme, contrôler la production.
Gaël Quirante explique ainsi que les assemblées générales constituent pour lui des espaces de pouvoir direct : les travailleurs y discutent et déterminent collectivement leurs revendications et leurs actions.
Cette conception repose donc sur une organisation collective structurée autour des lieux de travail, des quartiers et des lieux d’études.
Le désaccord central : démocratie directe et RIC constituant
C’est ici que la divergence avec Solution Démocratique devient particulièrement nette.
Solution Démocratique défend une démocratie directe institutionnalisée, dans laquelle les citoyens disposent d’un pouvoir politique supérieur à celui de leurs représentants.
Cela passe notamment par le RIC constituant, qui permettrait aux citoyens de proposer, modifier ou abroger des normes constitutionnelles et de décider eux-mêmes des règles fondamentales du pays.
L’objectif n’est pas de demander aux citoyens de simplement élire de meilleurs représentants.
Il s’agit de changer la répartition du pouvoir : les élus ne seraient plus les détenteurs exclusifs du pouvoir politique et les citoyens pourraient intervenir directement sur les décisions fondamentales.
Lors de l’entretien, nous avons donc posé directement la question : le NPA révolutionnaire serait-il prêt à soutenir ou à intégrer cette revendication ?
Pour le NPA révolutionnaire, il n’existe pas de véritable démocratie dans le capitalisme
Le désaccord porte sur la possibilité d’instaurer une démocratie directe durable à l’intérieur du système capitaliste.
Pour Selma Labib et Gaël Quirante, cette possibilité n’existe pas réellement.
Leur raisonnement est le suivant : tant qu’une minorité conserve le pouvoir économique, elle conserve également une capacité déterminante à influencer le pouvoir politique.
Ils considèrent donc qu’un mécanisme permettant aux citoyens de voter directement sur des lois ou des changements constitutionnels ne suffirait pas à transférer réellement le pouvoir.
Selma Labib pose notamment la question de la propriété privée : peut-on instaurer une véritable démocratie tout en conservant une organisation économique fondée sur l’exploitation salariée et la recherche du profit ?
Pour le NPA révolutionnaire, la réponse est non.
La transformation politique doit donc aller de pair avec une transformation économique.
Le RIC constituant : une priorité pour Solution Démocratique
C’est précisément sur ce point que Solution Démocratique fait un choix différent.
Nous ne considérons pas que les citoyens doivent d’abord attendre la disparition du capitalisme pour obtenir le pouvoir politique.
Nous défendons au contraire l’idée que le pouvoir de décider des règles du système doit revenir aux citoyens eux-mêmes.
Le RIC constituant est conçu comme un moyen de permettre à la population de modifier les règles fondamentales du fonctionnement politique.
Cela ne signifie pas que les citoyens doivent eux-mêmes définir chaque détail d’une politique économique.
Cela signifie qu’ils doivent disposer du pouvoir de décider des grandes règles dans lesquelles cette politique s’inscrit.
Pour Solution Démocratique, la question fondamentale est donc : qui doit avoir le dernier mot ?
Une assemblée militante ? Un gouvernement ? Des représentants élus ? Les dirigeants économiques ? Ou l’ensemble des citoyens ?
Notre réponse est la dernière.
Deux conceptions différentes de la démocratie
L’entretien permet ainsi de distinguer deux conceptions qui peuvent parfois être regroupées sous le même terme de « démocratie ».
Pour le NPA révolutionnaire, la démocratie directe est avant tout une démocratie ouvrière, organisée dans les lieux de travail et les espaces de mobilisation. Elle doit permettre aux travailleurs de prendre collectivement le contrôle de leur activité et, à terme, de la société.
Pour Solution Démocratique, la démocratie directe est d’abord un principe politique et institutionnel : chaque citoyen doit pouvoir participer directement aux décisions collectives les plus importantes, notamment par le référendum d’initiative citoyenne constituant.
Ces deux approches peuvent se rejoindre sur l’importance accordée à la participation populaire, aux assemblées et à la capacité des citoyens à ne plus subir les décisions prises par une minorité.
Mais elles divergent sur une question fondamentale : faut-il transformer d’abord les rapports économiques pour rendre possible une véritable démocratie, ou faut-il donner d’abord aux citoyens les moyens institutionnels de transformer eux-mêmes les règles du système ?
Le NPA révolutionnaire ne souhaite pas faire du RIC une revendication commune
La question a été posée directement à Selma Labib et Gaël Quirante : serait-il possible de mener ensemble une bataille pour la démocratie directe ?
Leur réponse permet de clarifier leur position.
Gaël Quirante insiste notamment sur la nécessité de considérer simultanément le pouvoir politique et le pouvoir économique.
Pour le NPA révolutionnaire, la démocratie directe ne peut pas être séparée de la lutte contre le capitalisme et de la prise de contrôle de la production par les travailleurs.
Selma Labib reconnaît cependant l’existence d’une aspiration populaire à pouvoir décider davantage.
Elle souligne notamment que de nombreux travailleurs souhaitent pouvoir participer directement aux décisions qui les concernent.
Mais le NPA révolutionnaire refuse d’en déduire qu’un mécanisme institutionnel comme le RIC constituerait la solution centrale.
Une divergence assumée sur la stratégie
Cette discussion fait apparaître une différence de stratégie plus profonde.
Le NPA révolutionnaire mise sur la mobilisation collective pour conquérir le pouvoir.
Grèves, assemblées générales, comités de grève, mobilisations dans les entreprises, les quartiers et les lieux d’études doivent progressivement permettre aux travailleurs de prendre le contrôle de la société.
Solution Démocratique mise sur la conquête d’un pouvoir politique directement exercé par les citoyens.
Le RIC constituant doit permettre de modifier les règles du jeu afin que les citoyens puissent ensuite décider eux-mêmes de l’organisation politique, économique et sociale qu’ils souhaitent.
Cette différence apparaît très clairement lorsque nous proposons une expérience de pensée : si les citoyens disposaient demain du pouvoir de proposer une modification de la Constitution, quelle mesure le NPA révolutionnaire souhaiterait-il soumettre au vote ?
La réponse de Selma Labib est révélatrice : elle cite notamment la réquisition des logements vides, tout en précisant que ce type de revendication doit être porté comme un programme de lutte, et non comme un programme constitutionnel.
Gaël Quirante répond quant à lui que la meilleure manière de modifier la Constitution serait, selon lui, une mobilisation sociale massive.
